Vers un mouvement de bien-être plus inclusif | Bota Bota, spa-sur-l'eau

Visites sans rendez-vous acceptées pour le circuit d’eaux, mais réservations fortement recommandées en période achalandée, notamment le samedi.

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Vers un mouvement de bien-être plus inclusif

Le mois de mai est une période transitoire entre deux moments importants : le Mois de l’histoire des femmes en mars et le Mois de la Fierté en juin. C’est une période remplie de rappels de tous nos accomplissements, et, en même temps, du chemin qu’il nous reste à faire. Sans aucun doute, ces mois sont destinés à sensibiliser le public aux réalités des femmes et des minorités de tous horizons, mais nous retrouvons rarement une panoplie de voix diverses au premier plan.

Pour Elira, la première femme trans à bord, le Mois de l’histoire des femmes et le Mois de la Fierté sont particulièrement remarquables. « C’est le moment de réfléchir à où nous en sommes. C’est important de penser à tout le monde, particulièrement aux femmes et aux membres de la communauté LGBTQIA+ dans des situations difficiles. » À 20 ans, Elira connaît déjà un nombre impressionnant de changements de carrière. Vétérinaire en herbe, mannequin à temps partiel et humoriste occasionnelle, elle a même rejoint les rangs du Bota Bota l’automne dernier, où elle s’épanouit en tant que l’une de nos agents de réservation les plus performants et en tant que consultante en marketing sporadique. « N’oublie pas de mentionner que je suis aussi conférencière et activiste », ajoute-t-elle. En fait, son travail de conférencière et son activisme vont souvent de pair – elle passe une partie de son temps à plaider pour une meilleure inclusion des personnes trans dans le milieu du travail, principalement dans le domaine médical. Elle a été invitée à prendre la parole lors de conférences médicales où elle explique comment utiliser un langage plus inclusif et être plus respectueuse des corps transgenres.

La réalité des jeunes trans

Ayant été victime de préjugés auprès de professionnels de la santé, elle sait à quel point il peut être difficile pour les jeunes trans de recevoir les soins appropriés, surtout au début de leur transition. « On a déjà refusé de me traiter à l’hôpital parce que je suis trans, et même lorsqu’ils me traitent, ils ne prennent aucun de mes symptômes au sérieux. » De plus, la liste d’attente pour débuter les hormones est interminable, ce qui peut être dangereux pour les jeunes trans souffrant de dysphorie de genre.

Un autre problème récurrent auquel Elira et de nombreuses personnes trans sont confrontées est les étrangers qui pensent avoir le droit de connaître leur identité trans. « Il n’y a aucun sentiment d’intimité. Parfois, des inconnus viennent vers nous dans des lieux publics et nous posent des questions envahissantes. » Au début, elle ne savait pas comment réagir. Petit à petit, elle a appris à se fixer des limites et à s’affirmer. « On devrait pouvoir choisir à qui on veut le divulguer. Tout le monde devrait avoir cette autonomie. »

Redéfinir la féminité

En grandissant, Elira a toujours été fidèle à elle-même et n’a jamais hésité à exiger d’être entendue. Cette partie d’elle n’a pas changé pendant sa transition, mais elle sait que ce n’est pas le cas pour tout le monde. « Pour les femmes cisgenres comme transgenres, il n’est pas facile d’en arriver à un point où l’on s’accepte complètement. Dès leur plus jeune âge, on dit aux femmes qu’elles doivent avoir une certaine apparence ou agir d’une certaine manière. » Elira n’est pas intéressée à se conformer à tout cela. « Nous avons toutes notre propre version de la féminité. Il s’agit de découvrir ce que cela signifie pour toi. » Dans le cas d’Elira, la féminité est synonyme de pouvoir et d’impact. « C’est quelque chose dont je suis vraiment fière. C’est en partie la raison pour laquelle j’ai toujours su que j’étais une femme depuis que je suis jeune. »

Atteindre son propre sens de bien-être

En ce qui concerne sa santé, Elira croit fortement que la chose la plus importante est de penser à soi en premier. « On rencontre tellement de gens qui essaient de nous faire sentir comme si on n’était pas assez. La seule façon de rester sain d’esprit est de faire ce qui nous rend heureux. » En donnant la priorité à son propre bien-être avant tout, elle a pu devenir une version à part entière d’elle-même. Cela signifie aller à l’encontre des stéréotypes de genre conventionnels et défier les idées préconçues des gens sur ce à quoi une femme trans devrait ressembler. « Il n’y a pas une seule expérience de femme trans. Chacune de nous est à un stade différent de son parcours, et c’est un long processus à traverser. » C’est pourquoi la compassion peut aller très loin pour ces femmes en situation de vulnérabilité. « Les femmes trans ne doivent à personne de se faire passer pour des « femmes ». Parce qu’il n’y a pas qu’une seule définition de ce à quoi ressemble la féminité. »

Ces réflexions ont joué un rôle important dans son cheminement pour atteindre et maintenir sa santé sur toutes les dimensions. Elle poursuit activement son propre sens du bien-être comme elle fait tout le reste, sans se soucier de ce que les étrangers pourraient penser. « Le bien-être est une question d’équilibre. Je ne me pousse pas trop fort et je suis à l’aise de dire «non» aux gens. On fait ce qu’on peut pour atteindre cet équilibre parfait entre la santé physique et mentale. » Elira attribue à son système de soutien l’aide nécessaire qui lui a fallu pour se concentrer sur la réalisation de ce sentiment de bien-être, même lorsqu’elle est constamment préoccupée par des petits boulots.

Comment mieux faire pour aller de l’avant ?

Lorsqu’on lui demande comment nous pouvons faire mieux pour soutenir et affirmer les personnes trans qui nous entourent, elle y réfléchit un peu avant de répondre. « Cela semble évident, mais s’éduquer à travers une lentille critique est la meilleure façon de commencer. Dans cette ère numérique où l’information est accessible du bout des doigts, c’est votre responsabilité de vous renseigner. Il n’en faut pas beaucoup pour se rendre compte qu’il y a plus, en ce qui concerne la fluidité et l’identité de genre, que le binaire auquel on est habitués. »

En tant que préposée au service à la clientèle de longue date, Elira sait mieux que quiconque qu’il y a aussi beaucoup de travail à faire dans les milieux de travail. « La seule façon de mieux faire, c’est d’adapter une perspective plus neutre en matière de genre, dans n’importe quel contexte. La façon dont on formule une phrase ou une question fait une énorme différence. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. » Par là, elle veut dire : garder l’esprit ouvert, éviter l’utilisation de termes genrés et comprendre que pour de nombreuses personnes trans, le nom qu’elles vous donnent peut ne pas correspondre au nom sur leurs cartes d’identité, par exemple. « Soyez toujours prêt à adapter votre service client aux besoins de la personne en face de vous. »

Elira donne l’impression que tout lui vient facilement, mais comme tout le monde, son parcours jusqu’à présent n’a pas été simple. « Lorsque vous traversez une période de doute, vous devez simplement vous rappeler qu’être trans, queer ou toute autre forme de minorité, ne consiste pas seulement à vivre sous le radar. Il y a de la place pour vous dans le monde. Il y a de la place pour tout le monde. »